Label Bleu Bugatti Chiron – Trajectoire Magazine

    Dandy pilote

    Cette Bugatti au nom mystérieux rend en fait hommage à l’un des plus talentueux pilotes des années 1930. Le 22 mai 1955, le Rocher est ensoleillé pour accueillir son grand prix traditionnel. Sur la grille de départ, à la suite d’un changement impromptu de voiture, on tord précipitamment le levier de vitesse pour que le pilote monégasque Louis Chiron puisse se glisser dans son baquet. Trop grand pour son châssis, il restera privé des rapports de 4e et 5e. Qu’à cela ne tienne, le vétéran de 56 ans usera de toute sa science de la course pour achever le Grand Prix en 6e position. C’est ainsi qu’il restera dans les annales comme le plus vieux pilote à avoir couru un grand prix de Formule 1. Mais la carrière de Louis Chiron ne se limite pas à cette statistique ; il connaîtra son lot de succès au volant de la voiture la plus titrée de son époque : la Bugatti type 35.
    La trajectoire de ce pilote est peu commune : il fait ses armes en tant que chauffeur du Maréchal pendant la Première Guerre; puis il convoie des Bugatti de l’Alsace jusque sur la Côte d’Azur pour le compte de son ami concessionnaire de la marque. Le « vieux renard » doit sa carrière sportive à son activité de danseur de salon (on dirait aujourd’hui escort boy), qui lui permet de rencontrer de fortunés sponsors. Conservant de cette époque un côté dandy qu’il cultivera en arborant un foulard à pois lors des courses, l’élégant pilote se lie d’amitié avec Ettore Bugatti, qui lui propose de prendre le volant de ses bolides. Les deux hommes écriront les plus belles pages du sport automobile d’avant-guerre.

    Un homme, une marque

    Pour comprendre l’esprit de la Chiron, il faut également se pencher sur l’histoire d’Ettore Bugatti. Dès ses jeunes années, il se passionne pour la technologie d’alors pour motoriser des tricycles de course. S’ensuivra la création de ses premières automobiles avec différents partenaires, jusqu’à ce qu’il se décide à fonder sa marque en 1909 à Molsheim. Très vite, il assoit sa renommée grâce à une vision très avant-gardiste pour l’époque : associer un moteur puissant dans une voiture légère. Au-delà du concept suivront une multitude d’inventions: Bugatti est le dépositaire de plus de 1’000 brevets! Comptant sur la compétition pour sa promotion, il combine à merveille les notions de sport et de luxe, pour lesquelles il se montre sans concession. L’avènement de la type 35 portera Bugatti au pinacle. Créditée de plus de 2’000 victoires, elle reste la voiture qui aura connu le plus de succès dans l’histoire du sport automobile !

    Label Bleu Bugatti Chiron - Trajectoire Magazine
    Label Bleu Bugatti Chiron - Trajectoire Magazine

    Désormais secondé par son fils Jean, Ettore Bugatti passe de la démesure de la Royale (six modèles, dont aucun ne sera vendu) aux succès commerciaux tels que celui de la type 44, qui sera écoulée à plus de 1’000 exemplaires. Après la crise de 1929, il sauve son usine de la faillite en fabriquant des autorails pouvant atteindre près de 200 km/h, une prouesse pour l’époque. L’avènement de la guerre voit la tragique disparition du fils prodigue dans un accident lors d’essais. Ettore Bugatti ne s’en remettra pas. Son usine est confisquée pendant la guerre, et il se battra pour la récupérer avant de décéder en 1947. La renaissance de la marque a lieu dans un premier temps avec l’EB 110, qui commémore l’anniversaire de son fondateur. Puis, suite au rachat par Volkswagen, la Veyron remettra Bugatti sur les traces de sa renommée.

    Toujours plus vite

    De la calandre en fer à cheval à cette forme en C si caractéristique, la Chiron exacerbe par son design époustouflant l’identité de Bugatti. La ligne est au service de la performance hyperlative de cette voiture. Pas moins de 1’500 Cv sont délivrés par le moteur 8 litres de 16 cylindres en W gavés par 4 turbos. Les chiffres donnent le tournis: chaque minute, ce sont 60’000 litres d’air aspirés par le moteur puis expulsés par les quatre sorties de l’échappement en titane! L’aérodynamique est à l’avenant; presque toute la face arrière est grillagée pour évacuer le flux massif d’air qui dissipe les calories du propulseur. Bref, la Chiron est tout simplement la voiture la plus puissante du monde, dont la limite de vitesse, bridée électroniquement à 420 km/h, est dictée par ses pneumatiques ! Bien qu’un progrès certain ait été fait en la matière (les pneus devaient être collés « 110 ans Bugatti ». Le plus bel atour de cet apparat restant l’aileron arrière, recouvert sur sa face inférieure de bleu-blanc-rouge qui, lorsqu’il s’inclinera au freinage, offrira à la vue un drapeau français immense… et ô combien rapide !

    L’habitacle conserve son aspect luxueux ; le carbone, l’alcantara et le cuir sont harmonieusement mêlés en deux teintes de bleu. On retrouve les trois couleurs sur le dossier des sièges et pour le marquage vertical du volant. La clé de démarrage elle-même est enveloppée de trois pièces de cuir bleu-blanc-rouge. Parachevant cette œuvre, la médaille émaillée spécialement conçue pour la série 110 ans est placée sur la console centrale. Comme il se doit pour Bugatti, elle est réalisée en argent massif aux jantes de la précédente Veyron pour supporter la charge générée à V max), il n’existe pas encore d’enveloppes qui permettent à la Chiron d’exploiter tout son potentiel.

    La Chiron Sport, dont est issue la série limitée 110 ans, exprime davantage la sportivité que le luxe. Les réglages des trains roulants et des amortisseurs ont été revus pour une vitesse de passage en courbe significativement améliorée. Cette version est plus rapide de 4 à 5 secondes au tour sur la piste d’essai de Bugatti. Elle a également été allégée de 18 kg. Cela semblerait presque dérisoire en regard de la masse totale si l’on ne parlait pas d’un véhicule aussi sophistiqué que cette Chiron. Le poids a en effet été principalement gagné sur les roues, et grâce à l’utilisation de carbone sur de multiples composants de la voiture. Pas moins de 1,4 kg a été gagné avec les seuls essuie-glaces, dont la fonction est complètement intégrée à la structure en fibre de carbone! Cette innovation, chère à l’esprit de Bugatti, est en définitive une première mondiale.

    Bleu de France

    Justifiant sa filiation avec les modèles de compétition d’antan, la version 110 ans Bugatti arbore fièrement les trois couleurs directement inspirées des voitures officielles. C’est aussi pour le constructeur une volonté affirmée de rappeler les origines et l’implantation bien françaises de Bugatti! Extérieurement, cette réalisation est tout simplement sublime. Le bleu métallique sombre de la carrosserie associé à la fibre de carbone visible, teintée de bleu elle aussi, est également une référence aux modèles bicolores des années 1920. Le bleu vif des étriers de freins se laisse entrevoir derrière les jantes noires très ajourées. De part et d’autre de l’habitacle, les bouchons de réservoir sont en aluminium poli à la main et barrés de la signature.

    Par Stéphane Léchine Trajectoire Magazine N°127

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